CHIEN DE SANG
Il serait possible de récupérer encore plus de gibier!
David Genois est un véritable passionné qui se documente à travers le monde sur sa passion de récupérer des gibiers blessés à la chasse avec son fidèle compagnon. Il s’est rapidement rendu compte qu’au Québec, certains chiens ne sont pas utilisés à leur plein potentiel et que des bêtes blessées ne sont pas récupérées et finissent par agoniser alors que cela aurait pu être évité. Et cela passe par la possibilité de lâcher le chien à la poursuite du gibier blessé sans avoir l’obligation de le tenir en longe lorsque cela est à propos.
NOTE IMPORTANTE : Certaines photos peuvent choquer le lecteur mais elles sont nécessaires à la compréhension du sujet abordé!
Lorsqu’un animal est blessé, la responsabilité du chasseur ne s’arrête pas au moment du tir. Elle devrait se poursuivre par la volonté de mettre en place les moyens nécessaires afin de retrouver l’animal et de lui offrir une fin respectueuse. Dans certaines situations, l’animal blessé peut s’enfuir devant le conducteur de chien de sang. Celui-ci peut alors se retrouver dans l’impossibilité d’effectuer un tir sécuritaire, soit parce que les conditions ne le permettent pas, soit parce qu’il n’a tout simplement pas eu l’occasion d’intervenir. C’est dans cette réalité de terrain que l’importance du lâcher du chien spécialisé prend tout son sens.
Voici un bel exemple européen d’un chien libéré par son conducteur pour prendre la poursuite d’un gibier.
Le chien comme véritable partenaire
Le chien spécialisé n’est pas simplement un outil de recherche. Dans certaines situations, il peut devenir un véritable partenaire du conducteur dans l’action de récupération. Lorsqu’un animal blessé démarre devant le conducteur et qu’il n’est pas possible d’effectuer un tir sécuritaire, le chien devrait pouvoir être libéré pour prendre la poursuite. Le chien peut alors tenir au ferme l’animal le temps que le conducteur rejoigne son chien. En recherche de grand gibier blessé, l’expression «ferme» (ou «tenir au ferme») désigne le moment où le chien de sang bloque l’animal blessé qui est incapable de fuir à cause de la pression que lui exerce le chien. Il aboie alors de manière continue et caractéristique pour immobiliser le gibier et signaler sa position exacte au conducteur qui peut aussi suivre son chien avec un collier GPS afin que ce dernier puisse venir achever l’animal proprement.
Le conducteur peut ensuite reprendre son intervention et mettre fin à l’agonie de l’animal de façon sécuritaire et respectueuse puisqu’il peut effectuer un tir propre grâce au chien qui fige le gibier sur place. C’est précisément pour cette situation que le lâcher doit être considéré comme un outil de récupération. Il ne s’agit pas de permettre au chien de poursuivre librement un animal. Il s’agit de permettre à un chien formé, accompagné de son conducteur, de jouer son rôle lorsque le conducteur ne peut plus effectuer seul l’intervention.
Le chien devient alors le prolongement du conducteur sur le terrain. Une réalité réglementaire qui doit être réévaluée. Actuellement, il est impossible de libérer le chien dans le cadre de cette action de récupération. Cette restriction crée une situation particulièrement difficile lorsqu’un animal blessé démarre devant le conducteur et qu’il n’est pas possible d’effectuer un tir sécuritaire. Le conducteur peut alors être témoin d’un animal blessé qui poursuit sa fuite, sans pouvoir utiliser son partenaire canin pour poursuivre l’action de récupération. C’est souvent le cas pour un tir de patte ou de mâchoire. Il faut aussi considérer la température dans l’équation. Ainsi que ce soit à l’ours au printemps par une température très chaude ou à l’orignal en début de saison, une blessure peut s’aggraver à cause des mouches entre autres et condamner l’animal à court therme. Voilà autant de raisons pour permettre de libérer le chien.
Chaque saison de chasse, des animaux blessés peuvent ainsi se retrouver sans possibilité d’une intervention avec le chien spécialisé, alors même que celui-ci pourrait jouer un rôle important dans leur récupération. C’est cette réalité que nous devons avoir le courage de remettre en question. La question n’est pas de permettre une poursuite sans limites. La question est de permettre, dans un cadre strictement défini, à un conducteur qualifié de libérer son chien lorsque cela est nécessaire pour poursuivre l’action de récupération d’un animal blessé. Ainsi, ce serait terminé ou rarissime de devoir suspendre la recherche car on a relevé un animal suite à un tir de panse par exemple. L’agonie de l’animal pourrait être abrégée et le taux de récupération augmenté. Le conducteur de chien de sang et son compagnon ne chercherait pratiquement jamais un animal mort mais bien un animal blessé à qui on veut offrir une fin dans la dignité.
David Genois dévore tout ce qui peut s’écrire à travers le monde sur les chiens de sang. Cela n’est pas étranger au fait qu’il aimerait que la législation s’adapte à la réalité terrain. De plus, Loic Isebe, un conducteur de chien de sang breton vivant en France est venu au Québec pendant 3 ans faire des recherches avec David. Cela lui a permis de comprendre encore plus l’univers des chiens de sang et les possibilités qui s’y rattachent.
Une chasse qui doit évoluer
Nous ne sommes plus à une époque où les moyens de récupération étaient limités aux méthodes traditionnelles. Les connaissances ont évolué. Les chiens spécialisés ont évolué. La formation des conducteurs a évolué. Les méthodes de travail sont aujourd’hui beaucoup plus structurées. La réglementation devrait elle aussi être capable d’évoluer en fonction de ces nouvelles réalités. Permettre le lâcher dans un cadre professionnel et encadré ne signifie pas favoriser une recherche plus agressive. Au contraire, il s’agit de donner au chasseur un moyen supplémentaire d’assumer pleinement sa responsabilité lorsqu’un animal est blessé. Une chasse moderne doit être capable de mettre de l’avant le respect de l’animal, le bien-être, la sécurité, la responsabilité et la noblesse du geste. Le succès d’une recherche ne devrait pas seulement être mesuré par la récolte d’un animal. Il devrait également être mesuré par la façon dont nous assumons notre responsabilité lorsque les choses ne se déroulent pas comme prévu.
Voici un exemple d’un beau chevreuil atteint par balle à une patte et à l’estomac. C’est pour ce genre de blessures que le lâcher du chien ferait toute la différence.
Une question de respect et de bien-être
Lorsqu’un animal est blessé, nous devons être capables de regarder au-delà du simple résultat de la recherche. Il y a derrière chaque animal blessé une responsabilité humaine. Si nous possédons un moyen permettant d’intervenir lorsque le tir sécuritaire n’est plus possible, pourquoi empêcher complètement son utilisation? Le lâcher ne devrait pas être considéré comme une permission de poursuivre davantage. Il devrait être considéré comme un moyen de compléter l’action de récupération. Une recherche éthique, moderne et responsable doit chercher à réduire l’agonie inutile et à offrir à l’animal une fin digne. Respect, bien-être, sécurité, responsabilité et noblesse. Ce sont ces valeurs qui devraient guider notre réflexion. Nous devons maintenant avoir une discussion sérieuse sur la possibilité de permettre le lâcher du chien spécialisé dans l’action de récupération des animaux blessés, avec des règles précises, des conducteurs qualifiés et des chiens adéquatement formés. Parce qu’au bout de cette réflexion, il ne s’agit pas seulement du droit de libérer un chien. Il s’agit de donner au chasseur les moyens d’assumer jusqu’au bout sa responsabilité envers l’animal qu’il a blessé.
Un exemple d’une fin heureuse pour ce père et sa fille. Après avoir fait affaire avec un conducteur de chien de sang non certifié, ces derniers ont fait appel à l’auteur qui a retrouvé le chevreuil en quelques minutes. Leçon à retenir : faites appel à un conducteur certifié!
Conclusion
Le lâcher devrait être reconnu comme un outil de récupération et non comme une nouvelle méthode de chasse. Lorsqu’un animal blessé démarre devant le conducteur et qu’un tir sécuritaire n’est plus possible, le chien spécialisé peut représenter un moyen supplémentaire de maintenir le contact avec l’animal et de permettre au conducteur de poursuivre son intervention. Refuser systématiquement cette possibilité, malgré l’existence de chiens formés et de conducteurs compétents, mérite aujourd’hui d’être réévalué. Nous ne pouvons pas prétendre vouloir une chasse toujours plus éthique et responsable tout en refusant d’étudier les moyens qui peuvent contribuer à offrir une fin plus digne aux animaux blessés.
David Genois, sa conjointe Geneviève et leur fidèle compagnon sont de véritables passionnés.
Le moment est venu d’ouvrir la discussion sur une évolution de la réglementation et sur la mise en place d’un cadre permettant le lâcher du chien spécialisé dans les actions de récupération. Pour une chasse moderne. Pour le respect de l’animal. Pour le bien-être. Pour la sécurité. Pour une récupération digne et responsable. Je tiens à préciser que tout ce qui a été avancé dans cet article, le gouvernement est au courant. Ils ont même reçu un mémoire concernant le lâcher. Est-ce par manque de compréhension ou de courage politique que le lâcher n’est pas encore permis au Québec alors que partout en Europe c’est une action indissociable de la recherche avec un chien de sang, je ne saurais vous dire. Mais une chose est certaine, lorsque bien expliqué et compris il n’y a aucune raison pour que cela soit interdit au Québec. Il s’agit que nos associations et nous chasseurs fassions suffisamment pression pour que les choses changent.
En terminant, je vous invite à écouter le podcast à ce sujet que j’ai enregistré avec l’équipe de 100% CHASSE PÊCHE. On y aborde ce sujet sous tous ses angles!