GÉLINOTTE

Texte et photos
Rémi Ouellet

L'oiseau des contradictions

La gélinotte huppée, celle que l’on appelle affectueusement  «perdrix» figure comme le petit gibier le plus populaire et assurément le plus abondant dans la belle province. La chasse à la perdrix fait partie de nos traditions depuis le  début de la colonie alors que les premiers arrivants comptaient sur la ressource faunique et halieutique pour se nourrir.

Une même espèce,
mais deux oiseaux bien différents

Pourquoi l’oiseau des contradictions? C’est que notre gélinotte adopte des comportements diamétralement opposés d’une région où elle est chassée à une autre. Vous allez dire mais qu’est-ce que ça change, une gélinotte est une gélinotte? Justement, il faut savoir que dans une grande forêt au nord ou sur le territoire  agroforestier de la vallée du Saint-Laurent, l’habitat est différent ce qui force l’oiseau à changer ses agissements face au danger.

C’est un secret de polichinelle d’affirmer que la plupart des perdrix attrapées au Québec sont tirées au sol sur les sentiers et les chemins de terres des grandes forêts qui couvrent les 3/4 de la province. Le tétraonidé sort sur le bord des routes de gravelle de l’arrière-pays tôt le matin et en toute fin de journée pour profiter des arbres fruitiers dont sont constitués les bordures de chemins. L’oiseau grappille quelques menues graines, des insectes, quelques cailloux et saisie l’opportunité pour prendre un bain de poussière afin de se débarrasser des parasites et  pour nettoyer son plumage qui devient trop gras. Comme la plupart des oiseaux la gélinotte lisse  son plumage en se frottant les plumes sur la glande uropygienne située sur son croupion et qui produit du sébum.  Bref les oiseaux des grandes forêts qui sortent sur ces chemins sont  peu farouches et se laissent approcher facilement pour tenter un tir visé sur un oiseau immobile au sol ou le cou tout étiré sur une branche.

Les gélinottes des grandes forêts plus nordiques sont souvent peu farouches et pourront régulièrement être récoltées au sol ou le cou étiré sur une branche à courte distance.

À la chasse à la gélinotte farouche sur les  boisés de fermes le défi est grand et le risque de rentrer bredouille est toujours présent. Les oiseaux ne sont pas légions et ils sont très craintifs. Contrairement aux perdrix des grandes forêts qui se perchent quand il y a un danger, les gélinottes du sud qui évoluent sur des friches n’ont pas toujours la chance d’avoir un arbre proche leur donnant la possibilité de se jouquer.

Bien souvent face au danger une gélinotte de la vallée du Saint-Laurent dans un buisson va retenir son souffle et tenter de passer inaperçue. Dans le jargon on dit qu’elle se motte. Instinctivement elle adopte ce comportement pour échapper aux prédateurs et aux oiseaux de proie dont l’autour des palombes qui est son plus grand prédateur. Elle est plus en sécurité au sol. Elle sait que si elle s’envole ses chances sont minces d’échapper aux griffes de ce virtuose du vol de chasse. Elle va donc tenir jusqu’à ce que la pression fasse sauter le couvercle et dans un vrombissement violent elle explose pour disparaître au loin. 

Chasser avec un chien

L’avantage de chasser avec un chien d’arrêt, est que ce dernier chasse avec son nez. L’odorat du chien est peut-être 100,000 fois plus développé que le nôtre. Donc au grand galop quand il capte une effluve de gélinotte il accélère jusqu’à la source pour marquer un arrêt à une distance prudente indiquant la présence du gibier sans que celui-ci s’envole. Ceci est la première partie de l’équation parce qu’il faut se placer et essayer d’atteindre la gélinotte qui décolle en catastrophe.  Bien sûr qu’il lui faut des années d’apprentissage pour y parvenir mais avec de la pratique, de la patience et encore de la pratique on  y arrive.

Un chien bien entraîné pointera la position de la gélinotte sans pour autant la faire décoller.

Pour mieux comprendre laissez-moi vous  raconter une partie de chasse  au cours de laquelle j’ai loupé magistralement deux belles perdrix. Je dois dire que je chasse depuis 40 ans avec  un chien d’arrêt sur la rive nord du fleuve entre Trois-Rivières et Québec sur la zone agroforestière constituée d’une mosaïque de cultures, de pâturages et de forêts moyennes et petites. Lors de cette sortie j’étais sur une friche où il n’y a que des broussailles et quelques arbres où serpente un  ruisseau. C’est dans ce creux que mon setter a pris un arrêt. J’aurais dû rester sur le plateau au lieu de descendre au niveau du chien statufié. La perdrix était bien bloquée mais elle choisit de s’envoler sur le dessus pendant que je me débattais dans les cornouillers sanguins en descendant. Cela aurait été un coup de fusil facile parce que l’oiseau a pris son envol en ligne droite à découvert. Une heure plus tard, après trois arrêts sur des bécasses, dont une que j’ai attrapée mon setter bien-aimé prend un arrêt à une centaine de mètres. Je le rejoins sur une éclaircie. J’arrive face au chien qui pointe un vieil arbre renversé embroussaillé. Rien ne bouge. Je parle pour que l’oiseau s’envole parce que la gélinotte a horreur de la voix humaine, tenez-vous le pour dit… mais rien n’y fait. Je donne des coups de pieds sur les broussailles et toujours rien. Je songe alors qu’un lièvre est sans doute gîté sous les branchages. Je contourne la scène et lorsque j’arrive à côté de Orvis Vraoummmmm… Un énorme coq gélinotte s’arrache avec fracas et s’enfuit au loin. J’ai même la chance de voir sa large queue en éventail. J’ai bien lâché mes 2 coups mais dans le vide… Encore une fois j’aurais dû rester face au chien, la gélinotte m’aurait littéralement décoiffé m’offrant encore une belle occasion…

Chasser sans chien

Conseils de première  main pour accroître votre succès à la gélinotte sans un chien de chasse. Souvenez-vous que l’avenir appartient aux audacieux et qui se lèvent tôt. En clair cela veut dire qu’il faut déjà être sur les lieux de chasse au lever du soleil afin de profiter de la première heure du jour. Depuis quelques années, la chasse à la gélinotte attire de plus en plus d’adeptes et devient populaire sur les réserves fauniques, les zecs et certaines pourvoiries, lors des fins de semaine d’octobre ou  la circulation y est parfois dense. Connaissant les mœurs de notre   tétraonidé qui sort tôt de la torpeur de la nuit sur les chemins forestiers, il est assuré que le premier chasseur aura plus de chance de rencontrer du gibier tôt le matin que celui qui étire son café et qui passe à midi ou en après-midi.

Recherchez les anciens chemins presque refermés et les ruisseaux. Une technique fort simple et agréable consiste à suivre le cours d’eau sur quelques centaines de mètres et de revenir sur l’autre versant en déambulant lentement attentif et près à faire feu sur une gélinotte en alerte. Faites des pauses en silence et scrutez attentivement le sous-bois. Souvenez-vous que le plumage de notre oiseau le confond dans son environnement. Et si vous avez le temps et la patience il y a la chasse en fin de journée qui est fructueuse comme le matin parce que c’est une période intense d’activité au cours de laquelle les oiseaux s’activent avant la nuit.

Le premier chasseur à emprunter un sentier propice le matin aura beaucoup plus de chance de faire la rencontre de quelques belles poules comme celle-ci.

Perdrix civilisées

Pour la chasse des zones rurales du sud, peu de chasseurs aujourd’hui savent comment les vieilles clôtures embroussaillées sont attrayantes pour la petite faune. La composition d’une vieille clôture de perches de cèdre donne des indices. Élargies par des lustres d’abandon il y a des tas de roches à la base. Des broussailles, des framboisiers, des cornouillers sanguins. Quand c’est humide il y a des saules et des aubépines quand c’est sur un sol sec.

Les zones broussailleuses sont toujours propices à la présence de petit gibier

Après l’éclatement des couvées en septembre les jeunes gélinottes quittent les boisés mixtes et s’éparpillent dans la nature en quête d’un territoire. Chassées par les vieilles perdrix très territoriales et jalouses de leur place  ce sont elles les juvéniles qui se retrouvent sur le bord des chemins, à l’orée des forêts et dans les haies et les vieilles clôtures des anciennes fermes. Les vieilles clôtures et les haies constituent de par leur composition des structures intéressantes à visiter en automne. Elles représentent un prolongement de la forêt ou les gélinottes se déplacent à l’abri des dangers et où elles trouvent de la nourriture…

Sur ce, amis chasseurs de petits gibiers, je vous souhaite une belle saison!

Le chien de l’auteur lui rapportant une belle gélinotte huppée récoltée dans une zone propice très broussailleuse.

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